HERE. NOT HERE.
Exhibition texts to accompany Here. Not Here. at Art Mur, Montreal, Canada
April 26 - June 16 2012
full brochure available here

MEDITATIONS IN AN EMERGENCY
Text by Cameron Skene


Trevor Kiernander’s paintings approach a perceptual problem that dogs some painters at this historical juncture: with images easily and quickly plucked from a constant digital flow available to all, and with an urban environment that is constantly shifting and re-contextualizing constructed surroundings, the question is what on earth do we do with all this STUFF? The mid-twentieth-century American poet Frank O’Hara considered his art to be one of absorbing the churn of his surroundings, digesting and leaving a kind of quickly-assembled psychic popcorn trail that made sense of existence. It required an urgent and immediate note-taking, but an urgency that could easily be channeled into his lunch hours away from his job at the MoMA.

More recent painters of Kiernander’s ilk adopt strategies of visual notetaking: in the 80’s and 90’s, David Salle managed to rig his television to his computer (prior to more convenient and less expensive technology) in order to capture imagery as he channel-surfed his bloated CRT. In a less lazy mode, Wanda Koop’s recent exhibition at the National Gallery of Canada showcased a diligent, if undocumented production of hastily-drawn pictures on post-it notes, accumulated in a huge pile of them under showcase glass at the exhibition.

Similarly to Koop, Kiernander’s canvases strike one as being derived from snippets – as if one was listening to several different conversations at once, drunkenly memorizing them, and recounting them the next morning to a spouse over red eyes and corn flakes. But the calibrated precision by which Kiernander tells the story convinces you of the truth of the account.

The painter takes his cues from widely varied media, as well as his immediate surroundings. Sources seem incidental: color and composition is the crucible in which experience is cooked. Rules of painting are strictly – almost conservatively – obeyed. Kiernander treats space like the object it is. In one piece he allows a wash to drip, finishing the composition upside-down, drip-up, so that it works spatially with other seemingly disparate painterly textures and moves. It maintains a sense of visual unbalance that mimics the disjointed, recurrent de-contextualization of space in contemporary surroundings.

With some background in design, and an obvious interest in his architectural surroundings, each imagistic snippet is precisely calibrated and knit into the next move on the canvas. There’s a refreshing crispness in the intent, which clarifies a perceptual solution to the Shiva-like activity of everyday urban experience: a stalled snippet of time.

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Texte de Dominique Allard

La plus récente série de Trevor Kiernander, Here. Not Here, est fondée sur l’ambiguïté des relations entre des formes hétérogènes dans un espace donné. Dans les mots de l’artiste, cette « négociation de l’espace » qui entraîne des relations parfois conflictuelles, parfois harmonieuses entre les formes, impose également l’alternance du geste artistique comme l’indique déjà le titre : suggérant de placer « ici », « pas ici », certaines formes ou motifs.

Plus épurées que les oeuvres de sa série To Build A Home présentée à Art Mûr en 2010, celles-ci montrent de manière explicite une rythmique visuelle discordante que l’on remarque entre autres aux formes laissées en suspens (gravitant dans l’espace) et aux espaces blancs, inaltérés de la toile. Dans cette nouvelle série, les divers procédés, comme la superposition de motifs empêchant la saisie du motif original, l’incomplétude des dessins, le collage au moyen du ruban à masquer, produisent des écarts – et des accords – entre les formes, tout en participant à l’effacement des traces picturales.

Dans une perspective métaphorique, la superposition, la substitution, la suspension, le masquage, l’inachèvement, l’effacement, sont des termes pointant les « lacunes » de l’enregistrement mnésique qui, toujours, inclut la faculté d’oublier. En ce sens, les tableaux de Kiernander interrogent le processus subjectif qu’implique la captation en souvenir des images. Cette proposition est mise en lumière par l’intention de fusionner des motifs pouvant être reconnus par le spectateur, tels un chandelier, un cavalier, un pont (comme en témoigne les titres des oeuvres) et ceux indéchiffrables propres aux souvenirs de l’artiste.

Cette tension produite par la juxtaposition de formes connues et anonymes est également saisie au niveau spatial et pictural des tableaux : entre les plans colorés et les vides de la toile, les pans de peinture et les lignes du dessin, les formes figurées et abstraites; mais aussi par la variété de médiums employés comme la peinture à l’huile, l’acrylique, le fusain, le ruban adhésif et le carton – diversité matérielle qui n’est pas sans rappeler les techniques de collage. Autrement encore, c’est le rapport qui s’instaure entre la toile et l’espace d’exposition, comme le montrent certains projets sculpturaux récents de l’artiste où, au moyen de morceaux de carton, il recrée l’imagerie des peintures – sorte « de prolongements des toiles », qu’il nomme aussi « esquisses tridimensionnelles ».

Ainsi, de maintes manières, l’artiste déjoue, camoufle, empêche la reconnaissance synthétique des éléments présentés, tout comme le processus mnémonique tend à combiner et recombiner différents éléments, à la fois réels et virtuels, lors de la remémoration du souvenir en images. À cet égard, la démarche plastique de Kiernander ne propose pas l’oubli comme le pendant négatif de la mémoire : il est central à toute expérience picturale et narrative. Les forms géométriques, les lignes, les motifs étant dispersés « ici » « pas ici » sur les toiles, l’artiste propose les vides, les blancs, les espaces intacts, les moments de suspension, enfin l’oubli comme ce moteur essential à toute relation, voire à toute interprétation et à toute percée momentanée de l’imaginaire.