UNCOMMON GROUND
Exhibition texts to accompany Uncommon Ground at Art Mur, Montreal, Canada
September 11 - October 26 2014
full brochure available here

Text by Tom Trevatt

Trevor Kiernander's paintings are not about you. Necessarily, you are implicated in the historical and painterly investigation they partake in, however the work does not give itself over for free and open interpretation. This integral gesture by Kiernander allows the paintings to become much more than a mere exercise in taste. The work works to determine itself as part of an ongoing discourse on painting as such, transcending the subjective to become an operation of material research into the trajectory and particularities of its medium. Kiernander's practice precisely articulates this operation through a formal engagement in various painterly tropes that sit in tension to the atmospheric content of the work. Splashes of colour, shapes reminiscent of the outlines of buildings, dissecting lines, masking tape intentionally left in place. Layered over these are occasionally solid blocks of dark brown, occluding other parts of the work, but, more than that, becoming integral elements in themselves, producing a sense of three dimensional space part of which is obscured from view.

These integrated arrangements entwine the figure into the ground and vice versa, attenuating each formal element through the other, performing their operations through an active reciprocation that
produces an uneasy relation. If the paintings articulate space, this relation ungrounds that space, disturbing any easy understanding of them as this or that particular place. As such, they stand in for spaces, architectural or otherwise, the sources of which are often borrowed from photos taken or chosen by Kiernander, becoming generic spatial abstractions of real places. The generic here is used to enter the work into an historical investigation of modernism; the lexicons of both modernist architecture and art are adopted and used as content and form, used against themselves to (within the frame of the paintings) displace the hierarchies inherent in their discourses and generate complex images that act as windows on to some imagined "out there".

The production of this generic but non-existent other space thus becomes a conceptual exercise in the discordant framing of modernism as a utopian project, suggesting through the dialectical complication of the figure-ground relation that the modernist ideological narrative is itself problematically entwined with its opposite. The historical project of Kiernander's work then, invents a language of disturbed spatial imagination that tells of a dissatisfaction with the instrumentalisation of urban environments and a contemporary malaise specific to the cities he draws inspiration from. In that respect, Kiernander's work intersects in precise ways with the legacy of urban architecture in London specifically, attenuated through the history of, particularly Canadian, painting as such.

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Texte de Catherine Barnabé

Avec sa plus récente production, Trevor Kiernander pousse plus loin certains concepts propres à l'abstraction qu'il a abordés dans ses oeuvres précédentes. Son travail ne remet pas en question ces principes, il ne les redéfinit pas non plus. Il interroge plutôt la matière, la représentation et l'outil pictural, sans toutefois les conceptualiser, et sans non plus idéaliser leur incidence sur les principes de la peinture.

Ses oeuvres précédentes se situaient dans un entre-deux, entre abstraction et figuration, elles mettaient en opposition le fond et la forme, oscillaient entre ligne et dessin, composition architecturale et paysage, couleur et géométrie. Cette fois, les références à la nature, au paysage et à l'humain sont pour la plupart évacuées, sinon diluées. Ne se situant pas pour autant dans l'abstraction pure, les récentes peintures de Kiernander sont structurées de façon à créer des espaces sur plusieurs plans où la perspective est pensée comme dans une composition figurative. Des lignes et certains points de fuite rappellent des architectures ou des figures géométriques. Ceux-ci équilibrent les compositions ne permettant pas à la gestualité de prendre le dessus. On sent que, d'un projet à l'autre, ses oeuvres se détachent, bien sûr, de la figuration, mais qu'elles s'affirment aussi de plus en plus comme des compositions abstraites où l'espace de l'oeuvre et ses formes sont structurés. Il est toujours question de l'espace ; les figures sur l'espace pictural, le rapport des éléments entre eux dans cet espace, l'espace géométrique versus l'espace lyrique.

Dans ses séries des dernières années, les figures semblaient flotter dans un espace indéfini. Ici, on sent qu'elles sont bien ancrées dans la composition et que le fond, toujours de la même teinte, n'est pas qu'un support à une exploration formelle. La gestualité et les formes géométriques, tout comme le fond et la forme, ne sont plus en opposition. Certes, leur proximité crée toujours des contrastes, mais leur rapport semble moins antithétique. Au-delà de ces oppositions, formelles et historiques, Kiernander s'intéresse d'abord à la peinture pour elle-même. Il propose une réflexion sur la forme, la matière et le processus. Pour lui, il est d'abord question de la matérialité de la peinture, puis de la composition qui cerne les figures dans l'espace. Par contre, les titres toujours très évocateurs incitent à une lecture différente : ils ajoutent une tout autre dimension à une première observation. L'abstraction devient soudain moins une question de composition formelle et matérielle qu'un moyen de représenter une idée.